Otages au Mali: la nervosité cède le pas

Otages au Mali: la nervosité cède le pas

La nervosité suscitée par l’éventuelle libération au Mali de la dernière otage française dans le monde, Sophie Pétronin, et d’une des plus hautes personnalités politiques nationales, Soumaïla Cissé, a cédé mercredi la place à l’attente, en l’absence de signes d’avancée.

Depuis dimanche, la libération de dizaines de jihadistes détenus dans les prisons maliennes ainsi que des déclarations de responsables maliens s’exprimant sous couvert d’anonymat ont suscité l’espoir d’un échange pour que Sophie Pétronin et Soumaïla Cissé retrouvent leurs familles.

La famille de Mme Pétronin avait laissé entendre mardi que son transfert du nord du Mali vers la liberté était en cours, sans qu’apparaisse clairement de quels éléments tangibles elle disposait autres que l’élargissement des jihadistes ou la surchauffe médiatique.

Plusieurs médias ont annoncé une libération qui, si elle était confirmée, aurait un fort retentissement.

Mme Pétronin, 75 ans, est retenue depuis près de quatre ans et l’inquiétude est grande pour son état de santé. Le sort de Soumaïla Cissé, 70 ans, ancien ministre et chef de l’opposition, a contribué à alimenter la contestation qui a agité le Mali pendant des mois jusqu’au putsch du 18 août.

Tous deux sont supposés être ou avoir été aux mains de groupes liés à Al-Qaïda.

Mais rien de palpable n’est venu signaler des progrès vers leur libération.

Les autorités maliennes et françaises ont continué à observer un silence total, se gardant de corroborer officiellement que la libération de dizaines de jihadistes (206 selon Thabaat, un organe de communication d’Al-Qaïda) visait à la libération des deux otages, et que ces deux derniers avaient ou étaient en train de changer de mains.

Les autorités françaises ont invoqué l’exigence d’une totale discrétion, sévèrement mise à mal par quatre jours de publicité. Plusieurs sources sécuritaires contactées par l’AFP à Paris ont manifesté un certain agacement devant le bruit fait sur le sujet.

“C’est beaucoup d’éléments, beaucoup de sources qui me disent qu’elle a fait partie de ces discussions”, a dit à l’AFP le fils de Mme Pétronin, Sébastien Chadaud, arrivé mardi à Bamako.

“Les autorités françaises pensaient que ce n’était pas une bonne idée de venir”, mais il leur a objecté que “c’était ma place d’être ici au plus près d’elle”. Il admet ne pas savoir si sa mère fait toujours partie des tractations. Il se veut “prudent” et “plutôt zen”, et “maintenant on attend de savoir quelle va être l’issue”.

Le porte-parole du gouvernement français Gabriel Attal a décliné tout commentaire “dans des heures et des jours qui peuvent être parfois cruciaux”.

Pressé par la famille de ne pas oublier Mme Pétronin et d’accepter de discuter avec les ravisseurs, les dirigeants français, à commencer par le président Emmanuel Macron, ont toujours dit travailler sans relâche, mais dans la discrétion.

Des responsables de haut niveau ont aussi exprimé leur opposition à toutes négociations avec les jihadistes.

Un haut responsable français s’exprimant sous le couvert de l’anonymat s’est dit “très dubitatif” devant la remise en liberté d’un nombre aussi important de prisonniers, laissant entendre que la France, engagée militairement au Sahel contre les jihadistes, n’avait pas été associée à la libération d’hommes dont l’identité n’a pas été divulguée mais dont l’affranchissement suscite beaucoup de questions quant à ses conséquences ultérieures.

Sophie Pétronin a été enlevée le 24 décembre 2016 par des hommes armés à Gao (nord), où elle vivait et dirigeait depuis des années une organisation d’aide à l’enfance.

Elle est apparue dans des vidéos diffusées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), alliance de groupes jihadistes affiliée à Al-Qaïda.

Soumaïla Cissé, deuxième à trois reprises de l’élection présidentielle, a été kidnappé le 25 mars dans la région de Tombouctou (nord-ouest). A défaut de preuve formelle, les soupçons pèsent sur le groupe d’Amadou Koufa, l’une des composantes du GSIM.

De nombreux Français et étrangers ont été enlevés ou tués depuis 2010 dans le Sahel par des groupes jihadistes ou des malfaiteurs cherchant à monnayer leurs prises auprès des jihadistes.

Le Mali est entraîné depuis les rébellions indépendantistes et jihadistes de 2012 dans une spirale de violence qui a fait des milliers de morts civils et militaires, malgré le déploiement de forces françaises et internationales, et s’est propagée au Burkina Faso et au Niger.

Cette violence s’est encore manifestée cette semaine: mort de trois militaires maliens dans une attaque menée par des individus non identifiés, enlèvement d’une vingtaine de villageois, également dans le centre du pays, et, au Burkina, assassinat de 25 civils par un groupe armé dans la nuit de dimanche à lundi.

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